• Quel Artiste le monde perdrait...

    Et si on imaginait un peu un futur parfait ? Tout et tout le monde y serait à sa place la plus adéquate. A tel point que rien ne changerait sur des siècles ! Mais dans cette superbe mécanique administrative et sociale qui n'aurait pas déplu à Confucius, qu'arriverait-il si la pièce maîtresse sur qui tout les rouages reposent devenait folle ?
    «Monsieur le Maire, je vous annonce que votre ville a eu l’insigne honneur d’avoir été choisie pour être le théâtre d’une explosion thermonucléaire...»

    Le Président à vie remua délicatement sa petite cuillère dans la tasse de café en porcelaine, qu’il tenait de la main droite.
    «Veuillez noter que je l’ai choisie dans une fort longue liste pour ses exceptionnelles qualités d’urbanisme et le charme de son cadre.»
    Ledit Maire en demeura abasourdis mais n’en montra rien, comme il seyait à quelqu’un de son rang. En quarante-trois années de méticuleuse exécution des ordres donnés par ses supérieurs, plus encore, en vingt-six générations de bons et loyaux fonctionnaires municipaux, il n’avait pas souvenir d’une annonce aussi saugrenue. Il attendit donc patiemment que son auguste interlocuteur, l’homme le plus puissant au monde, éclaircisse sa pensée.
    «Les mérites du site sont tels que ma décision est prise, de manière, je me fais fort de vous l’assurer, définitive. Vous pouvez donc vous estimer particulièrement heureux que votre naissance vous ait placés à cette inestimable position.»

    La chaleureuse déclaration avait été si catégorique que monsieur le Maire ne pouvait qu’en accepter les termes de manière inéluctable : un comportement qui devait beaucoup à la déformation génétique qu’avait entraîné l’hérédité de sa fonction, depuis que sa caste était caste. Restait à organiser la chose, ce qui allait être son rôle.
    «Et quand devrons-nous commencer l’évacuation, monsieur le Président?
    - Une évacuation ? Quelle évacuation ?»
    Le ton s’accéléra un peu, comme si un détail mineur auquel n’avait pas pensé le chef de l’Etat venait gêner ses projets. Il continua :
    «Il va de soit que nous n’avertirons pas la population, pour éviter tout mouvement de panique désordonnée qui pourrait gâcher cet événement.
    Certes, la plupart des gens, je ne mets pas en doute leur sens du devoir, seraient heureux de connaître l’estime dans laquelle leur Président les tient, mais des éléments plus fragiles sont toujours à craindre. J’ai demandé un rapport aux statisticiens-psychologues et leur bilan est sans appel : vingt-cinq pour cent! Une proportion qui mettra avec beaucoup trop de facilité le feu à la paille, si vous me permettez cette expression.»

    Cette fois le coup fut si violent pour le pauvre fonctionnaire que son choc en fut presque physique, et son sursaut amena une rapide lueur interrogative dans le regard de son interlocuteur. Le Maire tenta tant bien que mal de se ressaisir, l’incident fut oublié et le Président repartit dans son explication. Il ne restait plus à espérer que tout ceci ne fut qu’une sombre plaisanterie. Mais qui aujourd’hui était capable de montrer une once d’humour?
    «Oui, je conçois parfaitement la déception des soixante-quinze pour cent restant de vos concitoyens, mais il est évident que nous apposerons là une magnifique épitaphe qui prouvera à tous, et à toutes les prochaines générations, le profond sentiment qui unit les habitants de cette ville à leur Président bien-aimé... Sans compter leur admirable représentant et guide.»
    Mais le clin d’oeil à l’adresse du Maire resta sans réponse. Légèrement vexé (il s’était attendu -au moins- à un sourire de connivence, qui aurait pu chez cet homme, supplanter un instant les convenances officielles) le Président mit cela sur le compte de sa trop grande modestie et repris sur un problème qui le tenait à coeur:
    «A propos, je vois bien des lettres dorées sur un fond de marbre gris, mais mes conseillers architectes-décorateurs préconisent le marbre blanc, conformément à la Tradition épigraphique. Vous pensez que... Oh excusez, j’oubliais que cela n’est pas là votre domaine!»

    Le Maire, le regard vide, ne sut poser qu’une question.
    «Et... Quand?
    - Et bien, j’ai prévu la construction d’un chalet protégé, dans un endroit merveilleux pour assister au spectacle. On me l’a promis d’ici une quinzaine. Vous serez avertis de la date exacte, et procéderez à une réunion du Conseil municipal, au cours de laquelle vous annoncerez l’événement. Pas avant, des fuites sont toujours possibles.»

    (Suite  sur demande... )

    Seconde (et ultime) nouvelle que j'ai tenté vainement de présenter à un concours en 2002. Le thème en était "couleur", et c'est vrai, j'en donne une interprétation assez large...
    Mais je ne fais que pousser à l'extrême la logique sophistique de ce qu'on appelle "l'art" contemporain (qui n'a pas eu besoin de moi d'ailleurs pour atteindre l'absurde). Tout est beau ? Et l'éthique là-dedans ?


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  • Commentaires

    1
    foortune
    Mardi 13 Janvier 2009 à 11:53
    je voudrais bien la suite de cette histoire saugrenue ^^
    très bien écrite et sortant des sentiers battus! jaime généralement bien une histoire ou on entre immédiatement dans le vif du sujet!
    alors comme ça tu l'as présenté à un concours? pkoi sa n'a rien donné???
    2
    LoupdesNeiges Profil de LoupdesNeiges
    Jeudi 15 Janvier 2009 à 13:09
    Une à la fois pour la suite, je te mettrais d'abord Poursuite (... En fait si je dévoile toutes mes nouvelles d'un coup il ne m'en restera plus à proposer...). En tous cas ton impatience me fait rudement du bien (ben oui j'ai cru que personne ne lirais jamais mes histoires).

    Va savoir pourquoi le concours n'a rien donné ? Ils ont considéré que je n'étais pas assez en accord avec le thème je pense. De toutes façons, dans un concours il y a ceux qui gagnent et ceux qui perdent ! 
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