• Morceaux EparsVoici une esquisse d'une sorte d'histoire en image qui n'a pas vraiment vu le jour.
    Un combattant désabusé d'une guerre pan-européenne et une fille-soldat sous le choc qui ne réagit plus à rien.
    Désolé pour le filigrane, on voit à travers la première image.

    Un peu sur le même thème, et aussi non achevé, voici un petit début d'histoire pour les plus courageux.

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  • « J’ai rêvé que je me réveillais, et ce rêve était bon. Je me suis promené sous la voûte des grands arbres, qui fièrement élançaient leurs branches pour étreindre le ciel. J’ai senti leurs racines fouiller en la pénétrant la terre riche et jeune. J’ai humé le vent charriant l’odeur âcre de l’humus et le parfum des fleurs. J’ai vu le prédateur répandre le sang fertilisateur sur le sol. J’ai plongé dans la mer et j’ai vu la femelle morse tendrement enlacer son petit. J’ai su que le monde était bon.

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  • Au téléphone, la voix avait été chaude, assez grave mais avec des intonations féminines qui m’avaient, non pas mis mal à l’aise, mais troublé par leur étrangeté. Et cette non moins impénétrable présentation - Claude Séverac – ne m’en avait pas plus dit sur l’identité exacte de mon interlocuteur : devais-je l’appeler monsieur, ou madame ?
    Cette voix m’avait si bien ensorcelé pourtant, que j’éprouvais une certaine satisfaction à accepter le mystère, et une certaine impatience en attendant l’heure du rendez-vous.

    Le lieu était une librairie presque invisible au rez-de-chaussée d’un vieil immeuble au charme haussmanien surrané, dans une rue secondaire de la ville. Ce n’est qu’en ayant poussé la porte vitrée recouverte d’affiches que je pus m’assurer que la boutique était bien ouverte. En fait elle avait l’air beaucoup plus grande qu’elle ne le paraissait vu de l’extérieur, car des couloirs descendaient au niveau du sous-sol tandis qu’une mezzanine faisait le tour du vestibule.
    Je scrutais encore les tréfonds de la pièce éclairés de manière presque intime, cherchant quelqu’un, lorsque je sentis une présence que je n’avais pas aperçue vers ma droite, au-delà de la porte d’entrée que je n’avais pas encore refermée.
    Je manquais sursauter. C’était une personne indéfinissable, vêtue d’une élégante chemise carmin au reflets de soie, légèrement bouffante, et d’un pantalon à la coupe étroite et sombre.
    Son visage était fin, les traits taillés à coup de serpe, le menton étroit, les joues constellées de tâches de son. Les cheveux étaient coupés courts, en épi, d’une belle couleur orangée.
    « Vous venez sans doute pour l’entretien d’embauche ? »
    A n’en pas douter, c’était bien la même voix qui m’avait réveillé ce matin au téléphone. Sans pouvoir toujours identifier si j’avais affaire à un homme d’une certaine finesse ou bien à une femme très masculine, je fis oui de la tête et m’avançais pour lui serrer la main.
    « Bonjour (je passais vite pour éviter le madame / monsieur d’usage), oui c’est bien moi, Guillaume Chandler. Enchanté. »
    La main était tiède et douce, les doigts longs et raffinés.
    « De même. Je suis Claude Séverac. Si vous voulez bien me suivre jusqu’à mon bureau. »

    M’invitant de la main, Claude Séverac se tourna vers d’où il ( ?) était venu et marcha d’un pas vif, ses mocassins eux aussi indéfinissables résonnant dans la pièce. Mais tout à la fois la silhouette vue de dos et la démarche avaient quelque chose de forcément féminin. Ce petit jeu d’identification commençait à m’amuser beaucoup.
    Elle ( ?) débarrassa rapidement son bureau de tas de livres empilés dans un apparent désordre et me proposa de m’asseoir dans un fauteuil ministre qui avait l’air fort convenable. J’étais étonné du contraste entre sa tenue impeccable et le fouillis indescriptible qui régnait dans cette libraire. Tant mieux, si je suis embauché j’aurais l’occasion de dénicher des tas de choses intéressantes.
    Celle à qui je faisais maintenant face une fois assis n’en était pas la moindre. Claude, appelons ainsi cette personne, possédait un regard incroyablement clair et lumineux, de beaux grands yeux d’un ton entre le gris et le vert, rehaussés par de longs cils délicats. Ses sourcils roux orangés, qui s’épaississaient vers les tempes, lui donnait un air pourtant sévère.
    Je constatais avec une certaine satisfaction que ses joues et son menton étaient lisses et clairs, même si un très léger duvet reflétait parfois la lumière. Deux accroche-cœurs cachaient en partie ses oreilles. Elle toussota.
    « Pouvons-nous commencer monsieur Chandler ? »
    Sa voix profonde me tira de ma contemplation.
    « Euh, oui bien sûr, excusez-moi ! »
    Claude prit des feuilles que je reconnus comme étant le curriculum et la lettre que je lui avais envoyés il y a quelques jours seulement, après avoir trouvé cette annonce dans le journal.
    « Je vais aller droit au but. Ce n’est pas votre expérience professionnelle qui m’a fait sélectionner votre candidature. »

    Bon d’accord, c’était net en effet. Si j’avais encore des illusions quant à mes capacités à travailler en librairie, c’était bien fini.
    Claude regarda une fraction de seconde ma réaction par-dessus ses papiers. J’en oubliais aussitôt ma petite vexation.
    « Ce serait plutôt le ton de votre lettre de motivation. D’abord elle est bien écrite, dans un français agréable et recherché, et ne paraît pas sortir d’un moule à stéréotypes. »
    Je ne pouvais m’empêcher de sourire et de rougir de fierté. Pour une fois que mon style était remarqué par un employeur…
    « Je crois aussi qu’elle est d’une belle franchise, et que votre intérêt pour les livres n’est pas simulé. Vous êtes un gros lecteur ?
    - Euh, et bien… Cela dépend du type de lecture que vous entendez. Je lisais beaucoup de classiques quand j’étais au collège, j’ai lu pas mal d’ouvrages de science-fiction et de fantastique après mon adolescence, mais aujourd’hui je lis essentiellement des romans historiques ou des biographies.

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  • Mais il faut que vous sachiez que je suis loin d’être incollable en littérature, et que je suis bien incapable de citer le dernier Goncourt. Je lis uniquement ce qui m’attire, et un livre qui ne m’attirait pas jusqu’alors peut soudain m’intéresser. Tenez, par exemple, la Mare au diable de Georges Sand. Un beau jour, le titre m’a parlé, alors qu’il ne me disait rien auparavant. Je l’ai lu, et je ne l’ai pas regretté.
    - Georges Sand ? »
    Je me rendis compte qu’inconsciemment ou non, j’avais opté pour un écrivain on ne peut plus ambigu, une femme qui a toujours voulu incarner un homme.
    « Ce n’est pas une mauvaise découverte… Lorsque j’avais l’air de dire que votre C.V. ne m’intéressais pas, j’ai un peu exagéré. En fait, vous ne vous ne contentez pas de lire. Je lis ici que vous écrivez ? »

    Incroyable ! La rubrique « hobbies » maintenant. Le genre de chose dont d’habitude on se soucie le moins du monde lors d’un entretien.
    « Ecrire... Oui, bon enfin, je ne suis pas non plus un romancier. Sinon je ne serais pas ici.
    - Ce serait dommage. Quelqu’un qui écrit connaît forcément la valeur d’un livre. Quelqu’un qu’un ouvrage a appelé me semble précieux dans une librairie comme la mienne. Car il vous faut savoir que cette librairie-ci est un peu… spéciale. Nous n’avons que peu de clients. Nous ne cherchons pas à les attirer d’ailleurs. Il faut qu’eux aussi se sentent appelés. Vous avez dû constater que ma vitrine est à peine visible. Ici tout fonctionne sur le bouche-à-oreille et le hasard.
    - Et cela marche ?
    - Croyez-vous que j’aurais besoin de quelqu’un si ce n’était pas le cas ? Mais comme vous le voyez, le mot marketing ne cadre pas avec mon activité. Et c’est justement parce qu’il est totalement absent de votre curriculum qu’il m’a intéressé. Vous voyez cette liasse à ma gauche ? Ce sont autant de commerciaux, de vendeurs spécialisés, de professionnels de la vente. Je ne dis pas que beaucoup ne sont pas passionnés par les livres. Mais leur notion du temps et du rendement ne correspond pas à la réalité de l’écriture. Pour moi en tous cas. Et pour ceux qui viennent ici aussi, je puis vous l’assurer. »
    Ses yeux s’ouvraient encore plus sur ces mots, et la pureté de gemme de son regard me transperça véritablement.
    « En définitive - passez-moi l’expression – vous êtes une sorte d’historien raté ? »
    Nouveau coup de poing. Décidément Claude Séverac n’avait pas la langue dans sa poche.
    « Disons que la muse Clio m’est assez intime, mais cette relation un peu trop poétique ne plaît pas forcément dans le milieu universitaire. On y veut des résultats, tout de suite… Or la muse se courtise, se fait connaître et ne se dévoile que progressivement. C’est une longue histoire d’amour et cela ne se résout pas selon un calendrier établi.
    - Vous êtes bien un poète monsieur Guillaume Chandler. Vous n’êtes pas vraiment fait pour une époque comme la nôtre. Tout tout de suite. Efficacité et rapidité. On y est cela dit plus souvent pressé qu’efficient. Je vous offre donc une chance d’intégrer ma librairie, où vous constaterez, si vous restez, que le temps s’y repose un peu, et sans risque. »

    Je répondis par un grand sourire béat. Je ne me souviens que confusément de ce qui s’est passé ensuite, tant je nageais dans un bonheur sans nom. Toujours est-il que je me suis retrouvé chez moi, dans ce petit studio qu’il devenait de plus en plus difficile de conserver, sachant que désormais je pourrais payer mes dettes tout en travaillant selon un mode (il est vrai encore mystérieux) que je ne croyais plus exister en ce vingt-et-unième siècle.
    Je caressais amoureusement mes livres rassemblés çà et là dans des cartons, sans pouvoir m’empêcher de penser au visage extraordinairement attachant de mon nouvel employeur, qui restait toujours aussi délicieusement troublant d’ambiguïté.
    Peut-être était-ce une femme qui tenait à passer pour un homme ? Mais au fond avais-je vraiment envie de connaître la vérité ? Pour éviter toute déception, je décidais d’accepter ce petit jeu sans chercher à démasquer le personnage. Je commençais le lundi suivant, fort tôt d’ailleurs, mais Claude m’avait assuré qu’il était nécessaire de pouvoir établir certaines bases de départ et que cela prendrait du temps. Mieux valait donc commencer au plus tôt, le maître mot étant de laisser le temps au temps. Et j’avais tout mon temps.

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  • C’est ainsi qu’en ce début de semaine, je me promenais tranquillement dans les rues de la ville encore à demi assoupie, ce qui me permit d’apprécier le calme et la tranquillité du petit matin, avant les embouteillages et le bruit. Je ne croisais que quelques employés de la voirie emmitouflés en attendant que l’aube automnale cède la place au soleil.
    Ce fut une excellente thérapie et j’arrivais frais et dispos à la librairie où la clarté brumeuse du petit matin donnait un air encore plus intime au lieu. Une bonne odeur de café flottait dans l’air, ainsi que celle de croissants chauds.
    Claude Séverac, d’une élégance toujours distinguée s’appuyait sur son bureau, une tasse fumante à la main.
    « Vous êtes parfaitement à l’heure. Vous tombez à pic pour le café, si vous aimez cela bien entendu. »
    J’acceptais avec joie (même si je venais d’en prendre un ce matin) et dévorais du même coup un de ces magnifiques croissants.
    « C’est très gentil à vous d’avoir pensé à moi. Je comprends que si un tel parfum sort le matin de votre boutique, vous n’ayez pas besoin de faire de publicité pour attirer les clients. »
    Claude partit d’un grand sourire.
    « Il faut savoir commencer sa journée dans un bon état d’esprit. Ce n’était pas trop difficile de se lever ce matin ?
    - L’impatience à l’idée de ma première journée m’a aidé. Et puis je dois reconnaître qu’il est vraiment très agréable de circuler en ville à cette heure-ci.
    - Cela fait aussi parti de cet état d’esprit. Maintenant vous êtes calme et serein, et prêt à entendre à la fois les livres, mais aussi les personnes. Vous verrez. Vous apprendrez vite si vous êtes aussi sensible que je le crois. »

    J’avoue que sur le moment je ne compris pas très bien ses réflexions. La matinée passa tranquillement, au rythme du tic-tac d’une vieille horloge qui sonnait les heures et les demi-heures. Il n’y eu pas l’ombre d’un client, et je passais mon temps à prendre connaissance des ouvrages, à les replacer, à les reclasser. Il y avait là un fouillis que je n’arrivais pas à faire correspondre à l’impression nette et impeccable que laissait transparaître Claude. Elle (j’avais de plus en plus tendance à lui donner un caractère féminin) ne me fit aucune remarque, se contentant de sourire, entrant et sortant les bras chargés de livres de l’arrière-boutique au sous-sol, qu’elle ne m’avait pas encore fait visiter, réservant cela pour plus tard.
    Enfin un vieux bonhomme entra. Il ne semblait pas trop savoir quoi chercher, et je me reconnus tout à fait dans ce chineur qui fouinait à droite et à gauche sans au fond se décider pour quoi que ce soit. Il passa bien une demi-heure, je m’en aperçus au carillon de l’horloge, nous gratifia d’un « merci, au revoir » et repartit sans rien avoir acheté.
    Claude redescendit dans ce mystérieux sous-sol par l’un des deux escaliers, prenant soin d’en refermer le cordon qui en interdisait l’accès au public. Ce nouveau mystère commençait à me titiller. Pourquoi cette espèce de cave dont les entrées ressemblaient à celles de salles de cinéma était-elle ainsi fermée aux clients ? Je résolus de le lui demander à son retour.
    Ce fut assez long mais je pus enfin voir sa fine silhouette remonter les marches abruptes.
    Elle posa un livre sur son bureau et j’hésitai un instant, comme si lui poser une telle question aurait eu quelque chose d’indécent. Enfin, je trouvai la force de l’interroger.
    Mais elle ne me répondit qu’évasivement, un sourire en coin.
    « Plus tard. Vous aurez l’occasion d’en savoir plus là-dessus, mais plus tard. »

    Ce nouveau mystère ne fit qu’attiser plus encore ma curiosité. Nous repartîmes à midi sonnante pour prendre notre déjeuner chacun de son côté.

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