• Les Echelles du Levant

    « Cette histoire ne m’appartient pas, elle raconte la vie d’un autre ».

    Voilà un roman, une biographie assez particulière, dans le style d’ailleurs de son auteur.
    En effet, s’y entrecroisent à la fois un présent où le narrateur rencontre le héros de cette histoire, et un passé qui est l’histoire par elle-même.
    Histoire vraie ? Amin Maalouf le laisse entendre.

    Il ne se veut que le témoin d’un récit qu’il va prendre en note au fur et à mesure de quelques visites rendues à cet individu qu’il a reconnu dans une rue parisienne par le plus grand des hasard.
    L’ensemble est assez léger à lire, agréable.

    Je m’attendais à des aventures retraçant en toile de fond toute un pan de l’Histoire, depuis le début du siècle jusqu’aux années 70.
    Il faut dire que ce personnage, Ossyane qui raconte sa vie par bribes à l’auteur, est l’un des derniers descendants de la famille des sultans ottomans.
    Qu’il a aussi été membre d’un réseau de Résistance en France pendant la Seconde guerre mondiale.
    Il y avait donc de quoi faire.

    Mais ce n’est pas exactement cela qui apparaît au fil des pages... Et c'est pour cela que je désire vous en faire part.
    On s’aperçoit plutôt comment les choses arrivent malgré soi, le triomphe, le bonheur comme la déchéance.
    Au moment d’écrire cet article, je viens d’achever le livre. Il me laisse un goût étrange, surtout la dernière partie.

    On y voit de quelle manière on peut perdre le goût à tout, pendant longtemps, de très longues années, presque vingt ans, jusqu’à devenir un véritable légume mais que malgré tout, quelque chose en soi, tout au fond de soi, s’efforce de persister à survivre, enfoui, minuscule, mais encore vivant, attendant quelque chose...

    Un passage mérite d’être souligné, quitte à déflorer un peu le récit à l’avance.

    Les malades, « soignés » dans un hospice de luxe en plein Beyrouth, y sont abandonnés à eux-mêmes par tout le personnel soignants qui a fui les zones des combats en train de débuter.

    Ils sont en plein milieu d’un no man’s land entre deux milices qui s’affrontent à coup d’armes automatiques et d’obus, et dont l’objectif n’est autre que l’asile lui-même, suffisamment fortifié pour offrir un intérêt tactique aux belligérants.
    Délaissés, ne sachant que faire, ceux qu’on a transformés en aliénés apathiques à force de médicaments calmants, sortent sur la terrasse jusque là réservé au directeur, dans la nuit, s’installent sur des sièges, et regardent les balles traçantes comme ils assisteraient à un feu d’artifice.

    Cela a quelque chose de magnifique, d’effrayant, d’irréel.
    Cela pose comme un problème : qui sont donc les véritables fous ?

    Il ne s’agit là que d’un exemple parmi de nombreux autres d’où ressort une grande richesse, qui donnent à réfléchir sur le destin, la volonté, les illusions qui paralysent ou bien donnent une grande force, face à une grande Histoire implacable et perturbatrice.
    Et enfin peut-être sur le sens de la vie...


     

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