• La Forêt d'Emeraude

    Les Bords du Monde se rapprochent chaque jour plus de son centre...
    Et au-delà ?
    Au-delà c'est le domaine du Peuple des termites, avec ses bulldozers, ses gratte-ciel, ses voitures et son béton. Ils sont même parvenus à assécher le Fleuve, avec leur barrage !
    Le Monde, pour cette tribu amazonienne des "Invisibles", c'est la forêt, et les Bords du Monde, le front pionnier des ingénieurs qui arrachent toute la couverture végétale pour mieux dompter ce qui en reste.

    Je ne prétends pas le film parfait. Certain pourront le trouver un peu vieilli (1985).
    Mais j'estime que John Boorman, le réalisateur, a bien rendu le choc particulièrement traumatisant de deux cultures.
    Celle des Amérindiens, dont les bases mêmes, les racines, c'est le cas de le dire, sont totalement chamboulées puisque leur univers (et on prend vraiment conscience en voyant le film de ce que peut signifier ce mot) la Forêt, leur est ôté, et avec lui le sens qu'ils pouvaient avoir de la vie. De l'autre, les "civilisateurs", sûrs d'eux, au point de ne même pas prendre conscience du drame qu'ils sont en train de créer.

    Quel extraordinaire contraste lorsqu'on traverse la frontière ! Depuis le côté que nous connaissons (mais le connaît-on vraiment ?), on n'aperçoit qu'une lisière de jungle, simple horizon condamné à reculer toujours plus.
    Au milieu des bruits du chantier, un ingénieur, chargé de la réalisation d'un gigantesque barrage, emmène sa femme et son fils visiter son lieu de travail et pique-niquer.
    Pour lui la Forêt n'a pas sa place dans ce qu'il est en train de construire. Elle n'est qu'un reliquat d'une époque révolue. Elle n'a plus rien de dangereuse : juste un mythe en train de s'étioler.
    Mais lorsque son fils de cinq ans va jouer à quelque mètres parmi les arbres, et n'en revient plus, la vie de cet homme va elle aussi être violemment secouée.
    Avec comme seul indice une flèche, il va tenter le tout pour le tout pour le retrouver.

    Mais passer les Bords du Monde, c'est se retrouver de l'autre côté d'un miroir, qui va nous faire voir autrement notre propre civilisation et nos concepts de "développement" et de "progrès". L'ingénieur, persuadé de construire, va s'apercevoir qu'il est en réalité un destructeur. Pourtant la Forêt, même mourante, sait encore se défendre...


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  • Commentaires

    1
    Samedi 6 Décembre 2008 à 23:50
    Belle leçon je l'avoue!!
    Je ne sais pas si il s'agit de ton point de vue ou celui de l'auteur mais dans les deux cas, nobles sont ces mots.
    Amicalement.
    2
    LoupdesNeiges Profil de LoupdesNeiges
    Dimanche 7 Décembre 2008 à 18:34
    Disons que je comprends (sentir serait plus approprié) le film comme cela, et je ne pense pas trop m'éloigner de la pensée du réalisateur.
    Ce que j'aime, c'est qu'il n'y a pas de jugement, mais une constatation...

    Peut-on nous, société technologique, nous payer le luxe de nous juger et de nous condamner nous-mêmes ?
    C'est montrer un grand orgueil face à une Nature qui est plus puissante que ce qu'on a cru comprendre d'Elle jusqu'ici. Voir la fin du film pour me comprendre un peu mieux ...
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