• L'Hiver du Fer Sacré

    Puisque les braises d'Avatar sont encore un peu chaudes, et avant que tout cela ne refroidisse, puisque tant de gens ont été sidérés par un film au demeurant très beau à voir, alors pourquoi est-ce que le Loup ne jouerait pas un peu au renard et n'en profiterait pas pour l'utiliser comme un appât ?

    Parce que je ne vous parlerais aucunement ici de ce film. 
    Pire, l'objet n'en est même pas un film, mais un livre... Oui vous savez ce truc bizarre plein de pages remplies de caractères, à la manière d'un grimoire magique, mais un grimoire magique de poche.

    Et ce livre, en l'occurrence, a été écrit par le descendant de gens qui n'auraient pas été perdus outre-mesure face à la forêt sauvage de Pandora. A part qu'eux ils n'étaient pas bleus et ont bel et bien vécu, dans les terres encore fécondes de l'Amérique du Nord, quelque part dans les années 1740.

    Monsieur (j'insiste, c'est un très bon écrivain) Joseph Marshall, troisième du nom, est en effet un Sioux du Dakota, et a eu la fort heureuse idée de raconter la vie de ses ancêtres, au travers d'un récit tout en finesse et en force.
    Mais ce qui fait que pour moi, on a affaire à une oeuvre littéraire, c'est l'importance de certaines réflexions, qui nous tiennent plus que jamais à coeur aujourd'hui.

    Au centre de l'intrigue, nous pourrions avoir le guerrier indien Whirlwind, ou bien encore le trappeur français De la Verendrye, ou bien encore leur ennemi commun, un autre trappeur sans foi ni loi...
    A moins que ce ne soit l'inquiétant Bear Heart ; mais en fait, non, l'histoire est centrée autour de cet étrange "fer sacré", entendre, le fusil à poudre, que le Blanc emmène avec lui, et les étranges peurs et fascinations qu'il provoque sur une communauté indienne jusque-là relativement tranquille et en accord avec son milieu.

    La question qui se pose est la suivante : cette arme, qui donne une telle facilité de mise à mort, quelle est l'étendue réelle de son pouvoir ?
    Pour l'Européen qui débarque, et pour la majeure partie des gens d'aujourd'hui (surtout en Amérique d'ailleurs !), une arme, c'est le pouvoir de se faire respecter (cf. Jean Réno...)
    C'est un pouvoir de destruction d'une puissance et d'une efficacité effrayante.
    Mais est-ce là son seul effet ?

    Pour un chasseur et guerrier réfléchi, respectueux de la pensée de ses ancêtres tel que Whirlwind, il ne s'agit pas uniquement de cela.
    Ce "fer sacré" a un autre pouvoir, moins visible, moins évident, mais bien réel : celui de changer le comportement, de changer l'âme.
    Car la facilité qu'apporte la technologie rend plus difficile la maîtrise de notre propre comportement.
    Ou pour le dire différemment plus l'Humanité maîtrise (ou disons plus justement a l'illusion de maîtriser) la Nature, et plus il devrait prendre conscience que sa propre nature lui échappe.

    C'est ainsi que ce fusil, le désir de possession qu'il provoque chez ceux qu'ils ne l'ont pas, la sensation de puissance qu'il entraîne chez ceux qui en dispose, dévoile parallèlement la fragilité des caractères.
    Eliminant l'effort du corps à corps, frappant plus loin qu'un arc, il nécessite moins de courage, et que la cible en soit du gibier ou même un homme, retire toute sacralité de la Vie en permettant un abattage de masse, qui n'a plus rien à voir avec un duel d'homme à homme ou d'homme à bête...

    Et là je m'éloigne un peu du livre mais pas trop du sujet, puisqu'environ un siècle plus tard, dans les mêmes plaines, un certain Bill Cody gagna son surnom de "Buffalo" en exterminant presque à lui tout seul les grands troupeaux de bisons pour nourrir les ouvriers des chemins de fers, extermination que les tribus indiennes n'étaient pas parvenues à atteindre en plusieurs générations (c'est un constat, pas une critique, nous faisons tous pareils sur d'autres plans depuis que la société s'est industrialisée).

    Puisque je suis dans les digressions, j'avais écrit un autre article au sujet de l'Ile de la Déesse, et le rapport est le même. Des chasseurs de phoques qui parviennent à trouver l'île qui leur sert véritablement de "matrice" sont si affolés par le nombre de bêtes et par la facilité qu'ils ont à les abattre qu'ils en deviennent fou furieux et commettent un massacre sans fin, et sans plus aucune raison rationnelle.

    Car voilà ce que que ressent obscurément le guerrier Whirlwind : cette arme terrible a le pouvoir de changer, ou plutôt de dévoiler l'âme de celui qui s'en sert, bien plus, par sa seule existence, elle entraîne tous les êtres dans cette même dangereuse expérience.
    Et si lui se demande si il serait capable de résister à l'attrait de son pouvoir, beaucoup n'ont pas ses scrupules et n'hésiteront pas à s'en servir sans contraintes.

    Or ce n'est pas l'arme qui fait le guerrier, mais sa force d'âme. Et cette force va justement être mise à l'épreuve du fer "sacré".

    Hiver sacré


    ... Bon désolé , j'avais lu ce livre au début de l'hiver dernier (celui du fer sacré...), j'avais commencé à écrire cet article il y a quelques temps, et je tente de le terminer après une journée de travail vide-cerveau.

    Conclusion, il est un peu décousu et pas forcément complet. Mais bon, il faut bien que je vous propose quelques articles à lire de temps en temps...

    Réfléchissez quand même si vous avez eu le courage de parvenir jusqu'ici, que tous les jours ce ne sont pas forcément des armes, mais des innovations technologiques (et je suis le premier à en user !) qui en nous "facilitant" l'existence ont tendance à nous couper de la réalité de la vie, et de la gravité de nos actes... dont nous restons pourtant responsables.

    (Tiens faudrait que je réveille un peu l'Aigle un de ces jours moi...)


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  • Commentaires

    1
    Vendredi 14 Mai 2010 à 11:51
    « qui en nous "facilitant" l'existence ont tendance à nous couper de la réalité de la vie, et de la gravité de nos actes... dont nous restons pourtant responsables.»
    Un triste constat que je me fais bien trop souvent, c'est très flagrant sur internet. Parce que l'internaute est bien à l'abri derrière la distance de son écran, il se permet une violence verbale parfois assez spectaculaire. J'en ai fait les frais, et honnêtement je suis loin de me remettre de l'agressivité que j'ai pu essuyer. Généralement, ces personnes se foutent pas mal du mal qu'elles peuvent faire, derrière la toute puissance de leurs insultes et autres évictions virtuelles. Au contraire, elles ont tendance à s'en vanter. « Vous avez vu comment je l'ai envoyer chier ? Encensez-moi ou vous subirez le même sort. » Et curieusement, ces gens là sont effectivement encensés ou admirés. La foule aime les tirans, faut croire. Digressiion mise à part... Bel article qui suscite réflexion et remise en question.

    Tu reviens en forme, dis-moi
    2
    LoupdesNeiges Profil de LoupdesNeiges
    Vendredi 14 Mai 2010 à 14:47
    Euh tu trouves ?
    L'anonymat rend fort surtout les faiblesses des gens... Celle du plaisir de la langue de fiel... Si les autres encensent de tels comportements, pour moi, il, n'y a qu'une chose à faire, quitter ce genre de cercles irrespectueux.

    C'est dommage, car l'anonymat peut aussi nous permettre de rapprocher les gens, en ôtant le poids des conventions et des masques.
    3
    Vendredi 14 Mai 2010 à 22:26
    Oui je trouve. Il est très bien ton article, t'inquiète donc pas. Et je te rassure, je quitte toujours ce genre de cercles plus vite que mon ombre ^^;
    C'est vrai que j'ai fait quelques connaissances intéressantes via internet, grâce à cet anonymat. On dirait pas comme ça, mais si j'ai une grande bouche sur la toile, je suis d'une timidité maladive en vrai... Bref, d'accord sur tout ce que tu dis. Encore une fois, tu exprime merveilleusement bien ce que je pense. Tu serais pas un tantinet devin sur les bords ?
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