• Helmflower

    Morceaux EparsVoici une esquisse d'une sorte d'histoire en image qui n'a pas vraiment vu le jour.
    Un combattant désabusé d'une guerre pan-européenne et une fille-soldat sous le choc qui ne réagit plus à rien.
    Désolé pour le filigrane, on voit à travers la première image.

    Un peu sur le même thème, et aussi non achevé, voici un petit début d'histoire pour les plus courageux.
    "Les rangers étaient terriblement alourdies par la boue. A chaque nouveau pas, lever un pied demandait un effort toujours plus harassant. Parfois on ne pouvait même plus repartir, il fallait tirer avec force sur sa jambe pour la débloquer du bourbier, avec un grand bruit de succion lorsqu’on y parvenait enfin. Impossible de marcher sur les bas-côtés : ce n’était là que fouillis inextricable de ronces, de taillis et de tout ce que la nature pouvait produire de dur, d’épais et de piquant.

    La file interminable de militaires boueux ne pouvait circuler que sur cette piste, que les véhicules lourds et qu’une pluie incessante avaient transformée en torrent d’argile. Il y avait là plein d’uniformes mélangés à peine identifiables maintenant, de toutes unités : combat, services de l’arrière, aviation... On pouvait voir des troupes d’infanterie motorisée ayant perdu leurs transports, des gars du génie sans même plus une tenaille, des pilotes d’hélicoptère pataugeant comme le plus humble grenadier-voltigeur, des sous-fifres de l’état-major sans leur ordinateur portable. On y croisait - si il y avait eu quelqu’un pour remonter la route dans le sens inverse - aussi une mosaïque de nationalités, mais comme nul ne prononçait une parole inutile, çà ne sautait pas aux yeux.
    De temps à autre les fantassins rattrapaient un blindé surchargé de grappes humaines qui tentait désespérément de se sortir d’un enlisement fatal. Le chemin ressemblait à un champs labouré par un fou, plein d’ornières et de sillons s’entremêlant inextricablement.

    C’est ce qu’on appelle une retraite. En fait, c’est probablement plus proche d’une déroute. De toute façon tout ceux qui marchaient ne réfléchissaient plus. Il fallait marcher ou crever sur place. Mais comme chaque enjambée constituait un véritable calvaire, certains s’étaient dits qu’ils crèveraient de toute façon, même en marchant.
    Je ne savais pas si la fille devant moi faisait partie de ces derniers, mais elle a dû décider que crever pour crever, autant mourir sur place. Et elle s’est effondrée comme une masse. Autour, tout le monde continuait les yeux fixés sur la boue. Le problème était que je ne pouvais pas la laisser là. Pas moi, sinon c’aurait été accepter la déroute totale.

    Ah oui, j’oubliais de me présenter : je suis une femme moi aussi. Et j’arbore, malgré les tâches de boue, un joli brassard blanc à croix rouge sur ma veste. Il me fallait donc intervenir. Mais moi-même, je n’allais pas tarder à arriver au bout du rouleau.
    J’ai tenté de la soulever un peu en la prenant par l’épaule, mais j’ai vite senti que ce serait moi qui la rejoindrait à terre. Et tout autour ils continuaient à avancer comme autant de fantômes. Au moment où j’allais désespérer que quelqu’un nous remarque, un grand gaillard dépenaillé, sans un mot, prit l’autre bras et le plaqua sur son cou à hauteur de l’aisselle ; je fis de même et on se retrouva à trois, encore plus lents, plus lourds et plus fatigués.
    Il n’y eut pas un mot d’échangé. On marcha - c’est un grand mot - pendant un temps indéterminé, mais les autres n’arrêtait pas de nous dépasser. La pluie dégoulinait sur la visière rendue toute molle de ma casquette, et c’est à peine si j’arrivais à garder les yeux ouverts sous cette douche permanente. Une odeur de poudre était la seule chose qui me rappelait la présence de mon camarade. Il devait en être incrusté. Moi j’avais de la chance, l’odeur du sang de tous les blessés que j’avais dû rapidement soigner se noyait dans l’eau.
    A un endroit où la piste s’élargissait, je le sentis tirer sur le côté ; je suivis le mouvement et le type s’écroula à son tour sur le terre-plein. La fille toujours inanimée tomba doucement avec lui. Cela m’entraina au sol où je m’assis sans plus pouvoir me relever.

    La pluie continua. Les files d’hommes et de femmes hagards passèrent sans arrêt, puis de manière plus discontinue, puis ce ne fut plus que de petit paquets. Personne ne nous prêtait plus attention. Si, il y eut un sous-off qui essaya de m’encourager à reprendre la marche, mais çà n’a pas dû être convaincant, parce que je n’ai pas bougé. Il abandonna et repartit.
    Je tombai allongée sur l’herbe du terre-plein. Plus haut les sapins dressaient leurs branches fantomatiques. La pluie inondait mon visage. L’ennemi n’était pas loin et je m’en fichais pas mal. J’étais bien là ou j’étais, autant y mourir en s’étant reposée.
    Ce ne fut pourtant pas l’adversaire qui me réveilla. Je reconnus sous le casque trempé le visage émacié du collègue “empoudré”.
    “Réveil ! Tu m’entends ? Réveil ! Faut pas traîner ici !
    - Où sont les autres ?
    - Le coin est désert. Faut se tailler tout de suite !
    - Ouais ben une minute. D’abord est-ce qu’elle s’est réveillée la belle au bois dormant ?
    - Elle a pas l’air. On va essayer de la transporter comme tout-à-l’heure.”

    Comme tout-à-l’heure ? Mais il y a combien de temps ? La pluie avait cessé, et un beau soleil, de ceux qui vous invite à une bonne sieste sous les arbres brillait parmi les nuages vidés de leurs eaux. Une douce chaleur calmait la douleur des membres et un arc-en-ciel était même visible dans la trouée que formait la piste entre les conifères. Nous reprîmes le chemin clopin-clopant, non sans avoir tenté sans succès de réveiller la fille. C’était un capitaine de blindé. Sans plus aucun blindé évidemment.

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