• Cyrano de Bergerac

    Du panache, toujours du panache...

    On dira ce qu’on veut de Gérard Depardieu. Mais lorsqu’il joue dans de grands classiques (comme Jean de Florette par exemple), il reste pour moi un acteur extraordinaire. C’est particulièrement flagrant dans cette adaptation à l’écran de Jean-Paul Rappeneau (1990).

    D’Artagnan cela vous dit quelque chose ?
    Et bien nous avons là l’histoire d’un de ses compatriotes, un Gascon fier comme un coq, bretteur, poète et souvent sans le sou.
    Ne vous laissez pas décourager par les rimes du discours. Ecoutez bien. C’est un régal à entendre. Evidemment, si vous avez lu le texte original d’Edmond Rostand, cela vous aidera.

    Monsieur de Cyrano est un parfait poète. Il est secrètement amoureux de sa cousine, Roxane.
    Cela tombe bien, elle fait partie d’un mouvement qui faisait fureur au temps de Louis XIII : la Préciosité. Ces gens là veulent raffiner à l’extrême le langage pour traduire avec le plus de pureté possible les sentiments et les sensations (à force cela donne quelque chose d’assez ridicule... Comme certaines Précieuses de Molière).

    Vous m’avez suivi ? Roxane aime la poésie et Cyrano la déclame aussi facilement qu’il joue de son épée.
    Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.
    Seulement voilà, Monsieur de Bergerac a, comment dire... un nez. Un nez... fort long et peu discret. Et comme Obélix il ne faut surtout pas lui faire remarquer son petit défaut, car cela le mettrait en colère.

    Ce faisant, le pauvre homme n’ose pas avouer sa flamme à Roxane, de peur d’être repoussé.
    Il se contente donc de soupirer (en vers !) secrètement. Tout aurait pu continuer comme cela pendant longtemps si notre Précieuse ne s’était amourachée d’un bel inconnu (un bellââââtre dirait Obélix au sujet de l’amoureux de Falbala... Il faudra que j’écrive un ou deux articles sur Astérix moi...) qui en réalité, dispose d'un vocabulaire à peu près limité à celui de Conan le Barbare.
    Malgré tout, il a remarqué la beauté de Falb... non pardon Roxane, mais il apprend bientôt qu’il lui manque quelque chose pour la séduire : l’habileté des mots.

    Vous commencez à voir où je veux en venir ?
    Le comble, c’est que l’insouciante Roxane, qui n’a pas la moindre idée de l’amour que lui porte son cousin Cyrano, va lui demander un terrible service.
    Notre ami est, accessoirement (il faut bien vivre quand même) un officier du régiment des Cadets de Gascogne (le régiment des Trois Mousquetaires). Et il se trouve que Christian (c’est le nom du Bellâââtre) veut lui aussi rentrer dans cette très célèbre unité du Roi.
    Donc Roxane ne trouve pas mieux que de demander à Cyrano de prendre sous sa protection Christian. Lui, Cyrano, qui n’accepte aucun maître, qui ne veut être redevable de personne !
    Ben il va quand même accepter. En plus ce bougre de Christian (qui ignore tout de la démarche de Roxane en sa faveur) fait tout pour énerver son nouveau capitaine !

    Les deux hommes vont pourtant finir par s’apprécier, et on découvre la noblesse de coeur de Cyrano, lorsqu’il accepte de souffler à Christian les paroles qui sauront convaincre la belle. A eux deux, ils vont former le parfait galant : beau et plein de finesse. Mais comment les choses vont elles évoluer pour Roxane ?

    Je laisse l’histoire là, et j’en reviens au jeu du film.
    Il y a des moments splendides, véritablement à déguster (sans parler du Pâtissier Poète d’ailleurs...). Cyrano qui enfin se décide à avouer son amour, croyant que Roxane lui fixe un rendez-vous dans ce but, puis sa désillusion et son abnégation devant la terrible réalité.
    Les interventions de cet excellent Comte de Guiche, troisième larron soupirant, un grand méchant qui finit par être beau joueur.
    L’inévitable « c’est un pic, c’est un cap, que dis-je une péninsule ! » (j’en vois qui rigole grassement).
    La tirade de la conclusion merveilleusement mise en valeur par le décor et les costumes...
    En passant, les scènes de bataille contre les piquiers espagnols bardés de métal ne sont pas en reste.
    J’en oublie, c’est mieux, cela permettra de (re)découvrir le film.

    Je tartine un peu me direz-vous ?
    Un amateur de théâtre me rétorquera peut-être que telle ou telle réplique est un peu trop platement jouée... Mais la richesse d’une pièce est justement qu’elle peut être adaptée de mille manières différentes, et l’important c’est de faire le premier pas de la découvrir.
    Et je trouve que ce film est une bonne porte d’entrée pour aborder des classiques que l’on nous a, pour leur malheur, trop seriné à l’école.


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  • Commentaires

    1
    Maltheia Profil de Maltheia
    Lundi 10 Novembre 2008 à 10:45
    "...Rever, rire, passer, etre seul, etre libre.
    Avoir l'oeil qui regarde bien, la voix qui vibre,
    Mettre, quand il vous plait, son feutre de travers.
    Pour un oui, pour un non, se battre, ou faire un vers!
    N'ecrire jamais rien qui de soi ne sorti,
    Et modeste d'ailleurs, se dire: mon petit..."
    2
    Lundi 5 Janvier 2009 à 23:18
    Belle analyse et surtout avec beaucoup de personnalité, et j'aime cela. J'ai pris du plaisir à lire ce billet !
    3
    Kiru Loup Profil de Kiru Loup
    Mercredi 1er Juillet 2009 à 00:05
    J'avoue que ce film m'a également beaucoup plus, et pour avoir adapté un extrait(de manière tout à fait amateur) avec la troupe du "mot dit" du lycée je dis chapeau bas à Depardieu! Le texte est tout bonnement impossible à apprendre!
    4
    LoupdesNeiges Profil de LoupdesNeiges
    Mercredi 1er Juillet 2009 à 17:58
    C'est peut-être qu'il faut l'apprendre en chantant ... En tous cas les vers sont très musicaux.
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