• Ce que pourrait être un blog...

    Dites-moi s’il-vous-plaît combien de fois dans la vie on a l’occasion de partager un peu plus que la pluie et le beau temps ?
    Il m’est arrivé de rester assis comme un âne dans un compartiment de train dans lequel personne n’osait s’adresser la parole. Le parcours fut pourtant long. Et bien sûr, lorsqu’enfin les langues se sont déliées, les gens ont commencé à atteindre leurs destinations respectives et le compartiment s’est peu à peu vidé.

    Je crois que souvent la vie est faite d’occasions semblables mais qu’on n'en profite pas assez.
    Lorsque des fois, enfin la conversation s’engage, évidemment, entre inconnus, on parle surtout de la pluie et du beau temps. Ou alors (c’était dans un autre train ce coup-là), on commence à râler sur les problèmes d’une célèbre Société ferroviaire... pour constater que son interlocuteur est un ancien du rail qui n’aime pas trop qu’on parle mal de la maison-mère...

    Pour aborder des sujets un peu moins courants, un peu moins en surface, c’est beaucoup moins facile. Ou alors il faut beaucoup, beaucoup de temps. Ou encore des occasions spéciales : c’est le bon côtés des grèves surprises dans les gares. Quand vous devez passer la nuit en compagnie de centaines de voyageurs bloqués comme vous sur les quais à scruter l’arrivée du prochain train. Il peut arriver alors que la fatigue, la colère et le reste font, que miracle, les gens parlent entre eux.

    Tout çà pour dire que des fois, on peut rencontrer des gens potentiellement intéressants, qu’on est heureux de pouvoir avoir une conversation qui dépasse les derniers potins du journal (je dis potentiellement... il m’est arrivé de tomber sur des personnes qui se sont avérées au bout d’un moment un peu beaucoup trop bizarres... et dans ce cas là on se dit, pourquoi, mais pourquoi j’ai engagé la conversation ?).

    Donc vous discutez, mais arrive la prochaine station et soit vous, soit l’autre doit descendre. Et puis c’est tout.

    J’ai pris l’exemple des voyages en train parce qu’à une époque j’ai eu l’occasion de le prendre assez souvent, soit sur de courts, soit sur de longs trajets. Chaque départ était à la fois décourageant et en même temps prometteur. Toujours l’espoir qu’on s’enrichira d’une rencontre nouvelle (très rare) et profitable.
    En passant je dis tout de suite que je n’ai rien contre les agents de la SNCF, puisque j’ai eu l’occasion de travailler avec eux, et j’ai pu voir l’envers du décor : il est effrayant, mais c’est le cas de toutes les coulisses de notre chère société agonisante (Vous croyez qu’il n’y a que les directeurs des grosses banques qui étaient incompétents ? Vous n’avez encore rien vu).

    Passons sur la polémique. Je disais donc... Que les occasions de faire des rencontres marquantes étaient rares et que lorsqu’elles se présentaient, on en était quitte pour un adieu en règle.
    Oh bien sûr, parfois vous pouvez, par un mouvement de sympathie réciproque échanger des coordonnées pour se recontacter...
    (Avec tout un tas de cinglés en liberté, en fait je le déconseille plutôt : apprenez d’abord à pleurer seul avant de savoir avec qui on peut se permettre de rire sans risque. Mieux vaut être seul que mal accompagné.)
    Sauf qu’ensuite on peut s’apercevoir qu’on a rien de plus à se dire par courrier. Et qu’on va alors meubler le vide avec... oui bien sûr, la pluie et le beau temps !

    C’est pourquoi je bénis Internet. Jusqu’ici, je ne voulais pas m’y brancher. Je n’y voyais que le mauvais côté. En fait comme tout, il est à double tranchants.
    En effet les blogs constituent bien un formidable moyen de connaître, se faire connaître et de nouer des relations qui justement, par l’absence de contraintes physiques peuvent s’enrichir à force d’échanges.
    On se serait croisé dans un ascenseur (à moins qu’il ne soit coincé) la seule chose que l’on se serait dit c’est « bonne journée ». Sur le Net, on peut reparler encore et encore, tout en prenant le temps de réfléchir entre chaque intervention.

    Pas besoin de meubler des vides pour faire semblant de parler. On écrit ce qu’on ressent, et un jour, un mois, peut-être un an plus tard quelqu’un passe et vous réponds. Pas simplement pour dire bonjour, non, mais pour vous interpeller parce que vous l’avez interpellé.

    Je crois que ce réseau peut être utilisé à force pour permettre de créer un nouvel Humanisme, le même qui a présidé à la Renaissance, mais touchant beaucoup plus de gens et avec cinq siècles d’expérience (bonnes ou mauvaises) en plus.
    Ce n’est pas de l’idéalisme. Par Humanisme j’entends partage d’expériences, comparaison, et recherche... donc nécessairement avancées.
    Je n’enjolive pas la Renaissance. Je suis historien (raté) de formation, je crois pouvoir vous dire que cette époque, c’était surtout l’apocalypse pour beaucoup de ceux qui la vivait. Chaque jour apportait son lot de nouvelles remises en question qui abattaient par pan entier un monde qu’on avait cru stable.

    C’était une époque cruelle, violente, au moins dans cette partie du monde. Mais Gutenberg avait préalablement inventé l’imprimerie, et l’on fit des pas immenses dans la connaissance de la Réalité grâce à la facilité de faire circuler les informations.

    Aujourd’hui, le Net, c’est l’Imprimerie. Le blog, le livre imprimé mis à la portée de tous le monde, non plus seulement en tant que lecteur, mais en tant qu’auteur.
    Alors n’hésitez pas à avoir recours à ce formidable outil pour faire de la propagande.

    Oui de la propagande, de votre point de vue, de ce que vous aimez tout bas mais n’osez pas mettre en ligne, de peur de ne pas ressembler à ce qui se dit tout haut.

    Car ce qui se dit tout haut ce n’est que de la pluie et du beau temps.


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  • Commentaires

    1
    Mardi 4 Novembre 2008 à 11:55
    tu viens de résumé a quoi sert internet: faire découvrir aux autres ce que l'on est, et aller découvrir les autres, ne pas rester dans son coin, partager. J'aime beaucoup ta pensé
    2
    LoupdesNeiges Profil de LoupdesNeiges
    Mardi 4 Novembre 2008 à 12:15
    ... et je pense notamment au partage de nos expériences, surtout intérieures, de celles qu’on n’ose pas trop aborder en public, parce que la plupart du temps chacun parle en même temps et veut imposer son point de vue.
    On n’accorde pas assez d’importance à l’expression de nos impressions (ouf c’est un peu obscur ce que j’écris là). Si chacun écoute les impressions des autres, je suis sûr que souvent il se reconnaîtra et que cela ne peut que nous enrichir.
    Mais je pense que pour toi qui fait de la poésie tu sais déjà instinctivement ces choses-là.
    3
    Mardi 4 Novembre 2008 à 17:29
    ben justement, pour moi qui fait de la poésie,( je ne suis pas une exemption) ton discours m'a fait réfléchir. La plupart de mes textes tournent autour de la bêtise humaine, et ça, c'est vrai que ça ne montre qu'une partie de l'homme, la plus obscure. Mais il y a d'autres parties qu'il faut mettre en valeur: la joie, la bonne humeur. Certes, j'en aie quelques unes des comme ça, mais finalement, peut-être pas assez... je tacherai de m'en souvenir pour mes prochains textes... (là je sais pas si tout le monde m'a suivie, des explications? n'hésitez pas ;))
    4
    LoupdesNeiges Profil de LoupdesNeiges
    Mardi 4 Novembre 2008 à 19:09
    Il faut un juste équilibre en tout. Garder les pieds sur terre mais ne pas perdre de vue le ciel. Les drames font aussi partie de la vie... Et ton poème sur la mer l'illustre bien !
    5
    Jeudi 6 Novembre 2008 à 13:03
    Encore un texte avec lequel j'adhère. Commentaire court mais profondément ressentit
    6
    LoupdesNeiges Profil de LoupdesNeiges
    Jeudi 6 Novembre 2008 à 19:56
    Merci Fancy. en fait c'est assez fédérateur comme texte  .
    7
    ladybug
    Mercredi 19 Novembre 2008 à 11:38
    je suis également d'accord avec toi..lorsque j'ai commencé mon blog cela faisait peu de temps que j'avais internet,et je ne savais pas trop à quoi m'attendre..je sais maintenant que c'est un formidable moyen de nouer un dialogue et d'échanger des idées.. ce monde des blogs est une sorte de bulle ou il fait bon vivre...
    8
    Lundi 2 Février 2009 à 03:37
    Excellente réflexion, à laquelle j'adhère!
    Je me suis laissée porter par tes mots, tout du long, sans pourtant trop savoir au bout du compte où tu voulais en venir.
    Mais quelle chute! Superbe et si bien écrite!
    Merci, merci beaucoup pour ces superbes pensées qui nous font redécouvrir le bon côté des choses. Je l'ai, habituellement, toujours en moi, mais, j'avoue, je le perds aussi, parfois. Merci de me permettre de m'en souvenir!
    9
    LoupdesNeiges Profil de LoupdesNeiges
    Lundi 2 Février 2009 à 10:07
    Comme quoi dès qu'on parle d'autre chose que de la météo...

    Il n'est pas facile de garder le bon côté des choses, surtout à notre époque. Si ce texte peut te renforcer, alors il a atteint son but.
    (je suis touché par les remarques de style )

    A charge de revanche, car moi aussi j'ai besoin de m'en souvenir, et plus souvent que mon blog le laisse à penser !
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