• Le Passage
    Ils arrivèrent à l’aube en vue du fjord. Ils abandonnèrent les motoneiges de police trop repérables et continuèrent à pied. Ingrid était transie de froid et fatiguée, mais le temps pressait. Il fallut encore une longue et pénible marche pour se diriger vers la maison côtière.
    Mais à mi-chemin, il rencontrèrent la « sœur » de Kurt, l’énergique petite norvégienne qui avait recueilli Heimdall, il y a sept ans. Elle les fit monter dans sa camionnette électrique et ils arrivèrent sans plus d’encombre à destination.
    Il était encore largement temps jusqu’à minuit.

    Sur le rivage, le guerrier à l’armure d’or prit son corps et sonna, par trois fois. La mer sembla se couvrir de brume, comme si un mur barrait l’ouverture du fjord. Le temps pourtant paraissait interminable à tous, car ils savaient que Ragnar s’il n’était pas mort, n’abandonnerait pas aussi facilement la lutte. Mais il fallait encore qu’il les retrouve.
    Une barque silencieuse se mut sur l’eau totalement calme de la mer. Sa proue était sculptée d’un dragon. A son bord était un petit homme à la barbe épaisse comme un taillis. Il paraissait usé et fatigué. Pourtant une joie indicible orna son visage ridé comme une pomme de pin lorsqu’il reconnut à côté du Gardien en armure d’or, la ravissante jeune fille aux cheveux de feu, qui attendait.

    Elle aussi était harassée, et tenait avec peine, soutenue par la Norvégienne. Elle s’inquiéta d’abord de ce nouveau venu, mais à la vue de son sourire, des souvenirs tendres remontèrent en elle.
    « Fenryr !
    - Et tu me reconnais en plus ! Oh ma Dame ! Quel bonheur de vous savoir enfin réunis tous les deux ! Et toi Heimdall ! Comme mon cœur a pu saigner lorsque je découvris la plage vide et abandonnée, au matin du jour suivant ton départ ! Mais vous êtes saufs, c’est le principal !
    - Pressons, pressons Fenryr, je suis moi aussi très heureux de te revoir, mais le danger rôde. Il nous faut partir au plus vite. De plus notre présence met en danger Yolande, que voici. C’est elle qui m’a aidé et guidé pendant ces sept longues années. C’est aussi elle qui m’a soufflé un plan que seul un esprit féminin aurait pu inventer, et qui m’a permis de me servir de Loki, alors qu’il croyait se servir de moi.
    - Elle a donc amplement mérité de nous accompagner, bien qu’humaine ! » répliqua le nain, soudain sérieux.
    - Je serais très curieuse de visiter votre monde. Mais je suis attachée au mien. Nous en avons longuement discuté avec Heimdall. Je sais qu’une vie humaine ici a autant sa place, son rôle et son importance que les vôtres.
    - Hum... Mais tu sais maintenant beaucoup de chose. Si tu le divulguais, l’Adversaire chercherait à te trouver pour t’empêcher de lui nuire. Nous t’avons donc mise dans une situation bien dangereuse pour une simple mortelle.
    - Je tiendrais ma langue. Cela fait sept ans que je l’ai prouvé à Heimdall. Je sais garder un secret.
    - Un secret bien lourd ma foi, mais si telle est ta décision. Sache que tu ne resteras pas longtemps seule ici. Nous serons là de temps à autre, nous ou l’un des nôtres.
    Mais toutes nos approches doivent rester très secrètes, et ce sera très discret, car dès que nous agissons au grand jour, le Mal sait et vient à notre suite. Ce sera comme un oiseau qui te rendra visite, ou une feuille qui se posera sur le livre que tu seras en train de lire...
    Mais sache que quoi qu’il t’arrive, le jour de ton grand Départ, quand tu quitteras ces rivages pour remonter jusqu’à nous, nous serons là pour te guider.
    - Et ni Heimdall ni Veya ne t’oublieront, petite soeur !»
    Ingrid pleurait en lui disant cela. Elle aurait aimé avoir le temps de plus la connaître.
    «Et tu peux croire notre serment, car il durera tant que l’Adversaire ne nous aura pas anéantis. Et je souhaite que cela ne soit jamais. Adieu donc ! »

    La petite norvégienne, sa casquette vissée sur le front, les embrassa, et leur fit aussi ses adieux. Elle apparaissait très forte aux trois voyageurs, qui ne purent s’empêcher d’admirer son courage. Bientôt la barque disparut au sein de la brume, tandis que retentissait le cor sacré.
    «Moi non plus je ne vous oublierais pas. Et mon coeur est vaste, très vaste.»
    La petite femme leva un sourcil noir, et ne put s’empêcher de soupirer.


    Terrible retour
    Fenryr, Veya et le Gardien arrivèrent dans une mer tempétueuse, pleine de rafales de glace et de douleurs. Ils passèrent à travers de terrifiants navires, et ne durent leur arrivée sains et saufs sur la plage que grâce à leur petite taille et au talent de navigateur de Fenryr, qui prit cette fois la direction de la barque enchantée.
    Mais la bataille faisait rage au point qu’aucun des ennemis ne parut remarquer l’arrivée de ce petit groupe. Jusqu’à ce que Heimdall débarque. Alors peu à peu une trouée énorme se créa dans les rangs serrés des adversaires, tandis qu’une immense clameur de joie parcourut le rang des assiégés, qui tentaient depuis le début de l’Ouverture de repousser vague après vague l’assaut des envahisseurs hurlants et gesticulants de fureur.
    Les champions firent une trouée jusqu’à la barque, d’où ils ramenèrent vers la sécurité intérieure Veya et Fenryr. Heimdall continuait à faucher comme des blés murs la marée grouillante des démons.
    Mais la poigne de fer de Ragnar leur manquait. Leurs autres chefs, voyant le retour de Heimdall, jugèrent inutile de continuer une bataille qui ne serait plus qu’une simple boucherie, et ils renoncèrent à l’assaut. Bientôt la mer se calma, pleine des débris de sa colère, tandis que ressortait le soleil. Les nuages s’effilochèrent, les rafales cessèrent, neige et glace disparurent.
    Ce fut comme l’éclatement d’un Printemps qu’on aurait retardé depuis de longues années. Veya, sans avoir encore tout retrouvé d’elle-même, par sa seule vertu de Déesse du Printemps, souriait à l’île, et l’île lui souria.

    On profita des jours suivants pour envoyer des gardes en mission dans le monde des Hommes. Certes, l’Ennemi en ferait autant, et beaucoup ne reviendraient pas lors de la prochaine Ouverture, mais telle était la charge maintenant éternelle du Gwenwed.
    Une charge qui était acceptée, non avec résignation, mais avec courage, dès lors que le Gardien et Veya resteraient unis pour défendre les Portes.
    Mais une peine demeura dans leur coeur, car malgré leur promesse, nul ne retrouva la courageuse petite Yolande.



    Epilogue
    Un homme qui devait être de haute stature, avec une horrible cicatrice sur le visage, comme si un fauve le lui avait dévoré, arriva en rampant devant une petite maison côtière de l’Office de l’écosystème.
    Il souffrait horriblement, et cela ne faisait qu’augmenter la haine qui brûlait en lui.

    «Ce beau pays viking a donc perdu son protecteur, Ragnar?»
    L’homme parut étonné de s’entendre ainsi nommé. Dans sa haine, il lui avait semblé sentir une Présence, mais tout était si bousculé dans sa tête qu’il ne l’avait pas vraiment réalisée. Il regarda la Femme aux longs cheveux noirs, aux pieds de qui il avait abouti dans sa ténacité et son désespoir.
    «Toi ici Déesse ? Alors tu sais déjà tout. Oui le sang de Gonnh a été vengé. Ounri a été renvoyé dans les limbes. Mais il m’a cruellement blessé. Aide-moi.
    - Quand cesseront donc ces vengeances et tout ce sang, Ragnar?
    - Ils sont passés n’est-ce pas ? Ils ont réussi à rentrer ?»

    Curieusement, le rictus de Ragnar ressemblait presque à un sourire.
    «Oui, ils sont rentrés. Heimdall monte à nouveau la garde, assisté de Veya.»
    Il savait que pousser un hurlement de rage ne servait en rien en face d’Elle.
    «Je le tenais. J’aurais pu le tuer. Je l’avais déjà tué ! C’est Toi qui les as aidés n’est-ce pas ? C’est Toi que je n’ai même pas su deviner derrière ton masque!
    - On ne se met pas impunément en travers de ma route, Ragnar. Et le destin d’Heimdall et de Veya est de s’aimer, pour que survive la lutte. Au fond c’est ce que tu préférais non ?»

    Le regard de Ragnar, étrangement, se calma, et il tendit les yeux vers la mer, apaisé.
    «Qu’est-ce que je veux vraiment au fond ? Qu’est-ce que nous voulons tous?»
    La Femme se tourna à son tour vers la mer. Elle poussa un profond soupir.
    «Je vais t’aider Ragnar. Je vais t’aider.»

    FIN


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  • Le train
    Les journées suivantes furent comme un rêve pour Kurt et Ingrid. On aurait dit que quelqu’un les protégeait de toutes choses déconcertantes. Enfin Kurt dut rentrer chez lui. C’était le week-end, il devait prendre le train de nuit, et Ingrid avait pris quelques jours pour pouvoir l’accompagner. Elle avait hâte de voir la petite maison sur le bord de la mer qu’il partageait avec sa sœur, quelque part à l’entrée d’un fjord plus au nord.

    Bien que c’était à peine l’automne, la neige tombait plus drue au fur et à mesure que le train montait vers le septentrion. Ils étaient seuls dans un compartiment. Le train fit une halte dans une gare perdue dans la montagne, et l’Ombre pénétra à l’intérieur.

    Ingrid se sentait nerveuse. Kurt paraissait de même. Des pas lourds se firent entendre dans le couloir. La porte s’ouvrit. Un homme grand et large, à la face large terminée par une barbe en pointe et aux cheveux longs, entra dans un étonnant silence à l’intérieur. Il s’assit en les regardant de dessous ses sourcils, et ne dit mot. Il avait baissé la tête, mais on sentait son regard percer derrière ses cheveux.
    Ingrid avait senti un frisson lui remonter l’échine. Kurt essaya de lui sourire, mais il était clair qu’il avait de plus en plus de mal à garder son calme.Les Portes... partie 8

    Au bout d’un long moment qui sembla aussi pesant que l’éternité, il la prit par la main et tous deux sortirent, en prenant soin de ne pas même effleurer les genoux de l’étranger.
    « Je n’aime pas cet homme, Kurt. Je ne sais pas pourquoi mais je le redoute.
    - Tu as raison. A moi non plus il ne revient pas. »
    Ils étaient sortis à l’extrémité du wagon, qui paraissait vide.
    « Je sais bien que je vais te paraître ridicule, mais… Je n’ai pas envie de retourner dans notre compartiment. Même…
    - Quoi ? N’hésite pas, dis-moi tout !
    - C’est fou… Mais je voudrais qu’on descende à la prochaine gare.
    - Et nos affaires ?
    - Tu as tes papiers avec toi, et moi aussi. Au diable les affaires. Le service du train les retrouvera toujours. Si nous les prenons… J’ai peur qu’il ne nous suive tu comprends ?
    - Je suis d’accord, nous descendrons dès que possible, mais pour l’instant il faudrait trouver un autre wagon où… »
    Il ne finit pas sa phrase. L’homme à la carrure impressionnante se tenait devant eux, derrière la porte d’accès du couloir.
    « Bon maintenant cela commence à bien faire !
    - Kurt je t’en prie ! »
    Il ouvrit la porte. L’autre ne bougea pas. On aurait dit qu’il le jaugeait.


    Duel
    Il ne faut pas que je me découvre. Mais comment faire ? Ma réaction doit lui apparaître comme normale… Mais il me rend nerveux et cela risque de se sentir. La présence de Veya à mes côtés doit logiquement brouiller les pistes. Cela a réussi avec Loki, il faut que cela fonctionne avec lui aussi !
    Ce n’est pas Gohnn… Il ne peut pas aussi bien me ressentir que lui.
    « Bon écoutez, monsieur…
    - Trêves de balivernes. Je t’ai reconnu. »
    Il a réussi ? Ou il me teste ?
    « Et bien moi monsieur je ne vous reconnais pas, et je voudrais que vous cessiez de chercher à nous effrayer, j’ignore pour quelle raison !
    - Cesse de te ridiculiser. Tu joue mal ton rôle.
    - Et vous cessez de me chercher compris ? Vous ne me faites pas peur !
    - Je l’espère bien. Quoique. Tu as tellement dégénéré depuis que je ne t’ai plus revu. Ton rôle te serait-il monté à la tête au point que tu ne saches plus saluer une vieille connaissance quand elle se présente, Heimdall ? »

    Derrière moi, Ingrid, dont je sentais le cœur battre en chamade, ne put réprimer un cri de stupeur.
    « Désolé de venir ainsi gâcher les beaux plans de cet imbécile de Nidra, belle Veya »
    Elle hoquetait sous le coup de la surprise, tandis qu’il lui parlait par-dessus mon épaule.
    « J’ai rapidement su que tu étais venu nous rendre visite. Je t’ai surveillé, discrètement, de loin, pendant sept longues années. Je n’en ai rien dit aux autres. Ils se croyaient si malins !
    Mais je n’ai jamais aimé toutes ces cachotteries compliquées. Je suis un guerrier, pas un beau parleur. Alors réagis toi aussi en guerrier, veux-tu ? Toute cette histoire m’impatiente, finissons-en !
    - Tu veux donc que nous nous battions ici Ragnar ?
    - Pour se mettre en appétit mon cher ! »

    Sur ces mots, il me projeta violemment la tête contre la vitre du couloir. Le choc fut assez brutal pour que la vitre se décrocha d’un bloc et aille s’envoler dans la nuit, une rafale de neige pénétrant dans le train. Je rétablis mon équilibre et lui décocha un violent coup à la mâchoire, mais c’est à peine s’il bougea la tête. Il me précipita dans le sas où se trouvait Ingrid.
    Cette dernière actionna le signal d’alarme, et le train freina brutalement, entraînant dans son mouvement Ragnar à l’intérieur du couloir.


    Dans la nuit
    « Saute ! »
    Le train n’avait pas encore tout à fait décéléré, mais je ne me fis pas prier. Complètement sous le choc des événements, je sentis à peine mon corps s’écraser lourdement dans la neige en contrebas. Je vis que Kurt… Ou Heimdall je ne sais plus trop, sembla être retenu encore un instant, mais apparemment il put reprendre le dessus sur son adversaire et parvint aussi à sauter. Nous nous rejoignâmes et il m’attira à l’abri vers la forêt de sapins qui longeait la voie.
    Un coup de sifflet retentit et nous fit nous retourner pour apercevoir Ragnar qui sautait à son tour du wagon, comme un diable sortant de sa boîte. Il bouscula un contrôleur qui venait à sa rencontre et se précipita à notre poursuite.
    La course était haletante mais au moins l’écran des branchages nous protégeaient de la neige qui continuait à tomber drue.
    On pouvait entendre dans la nuit les imprécations du colosse qui ne lâchait pas un pouce de terrain.

    Quand enfin nous débouchâmes sur une clairière, Heimdall s’arrêta et regarda en arrière. Estimant avoir assez de temps, il prononça une formule dans une langue incompréhensible et qui pourtant me rappelait vaguement quelque chose.
    Il y eut un vague tremblement, et le tronc d’un sapin à proximité parut littéralement exploser. A l’intérieur, des reflets d’or.
    Heimdall eut juste le temps de s’emparer de son épée invoquée par sa rune, mais ne put enfiler ni son casque ni son armure.
    Ragnar déboucha à ce moment-là dans la clairière.
    « Ah ! Voilà qui est déjà mieux ! Vas-y, ne te gêne pas, récupère ta tenue. Je vais faire de même. Il ne sera pas dit que je t’aurais tué nu et désarmé ! »
    Ragnar avança la main et prononça à son tour une rune incantatoire. La neige à l’endroit qu’il désignait parut s’embraser intérieurement, et ses armes apparurent.
    Les deux combattants s’équipèrent, puis se toisèrent un moment, se tournant l’un autour de l’autre, l’épée vers le bas. La neige s’était arrêtée, comme en attente.


    Le geis
    « Aujourd’hui, Ragnar, je vais remplir mon obligation envers le sort de Magran !
    - Tu n’es pas sur ton île ici. Nous sommes à force égale cette fois ! »
    Les épées tournoyèrent et s’entrechoquèrent dans un bruit terrible. Les deux adversaires subirent le choc, inébranlables. On sentait la chaleur de leur haine respective, au point que la neige fondait autour d’eux.
    Les coups succédèrent aux coups, dans des mouvements d’une grâce et d’une violence infinie. Parfois, on ne pouvait les compter tant ils s’enchaînaient, parfois au contraire, les deux ennemis cessaient les coups et semblaient danser comme deux loups se faisant face.
    Ingrid ne pouvait s’empêcher d’être impressionnée de ces attitudes. Ce combat à mort était, se dit-elle malgré elle, de toute beauté. Et aucun des deux ne semblait pouvoir prendre l’avantage sur l’autre.

    Le combat durait depuis un temps fort long, quand soudain retentit un bruit de moteur dans la forêt. Les deux combattants s’immobilisèrent et scrutèrent les bois, tout en gardant l’œil l’un sur l’autre.
    Deux motoneiges arrivèrent de l’autre côté de la trouée, et l’un des agents braqua un fusil-mitrailleur en direction des deux guerriers. Mais il eut à peine le temps de faire sa sommation que Ragnar lançait une autre rune sonore.
    Trois Jitls sortirent d’entre les arbres, ou bien des arbres eux-mêmes, cela reste difficile à dire, et se précipitèrent sur les deux conducteurs.
    Le carnage fut presque instantané. Ingrid ne put que fermer les yeux. Puis les quatre ennemis firent face à Heimdall.
    « Occupez-vous de la fille vous autres ! » lança Ragnar à ses suivants, tout en se précipitant sur le Gardien. Mais au même moment un loup blanc de taille formidable sauta sur lui et le fit rouler à terre. Réagissant aussitôt, Heimdall bondit sur les Jitls qu’il réduisit en trois moulinets de son épée à néant.
    Sous le choc, Ragnar avait été légèrement commotionné et Ounri, impressionnant dans son aspect réel, eut le temps de leur adresser la parole.
    « Fuyez jusqu’au Passage ! C’est aujourd’hui que commence Samain ! Fuyez le plus vite possible et rentrez aux Portes ! »
    Il se retourna, menaçant, vers Ragnar qui se relevait.
    « Les motoneiges ! »
    Ingrid avait vu au plus juste et tous deux filèrent dans les bois, Heimdall un peu gêné par sa grande épée. Des hurlements de rage indicibles parvinrent encore longtemps jusqu’à eux, malgré le bruit des moteurs.

    Cela approche...

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  • Sous le charmeLes Portes... partie 7
    Ingrid atteignit la petite ville alors que tombait le soir. Elle habitait un joli quartier aux constructions en bois peint de couleurs claires et aux toits de tuiles rouges. Il avait résisté vaille que vaille à la folie « urbanisatrice » des années noires de la crise, et quand il fut nettoyé définitivement de ses graffitis, lorsque enfin la folie s’éloigna des hommes, il fut comme un témoin ultime de ce qui avait subsisté de beau, mais aussi comme l’annonce de ce qui allait pouvoir être désormais.

    Ses pas résonnaient sur les pavés de la légère montée, alors qu’elle poussait son vélo vers sa porte. L’éclairage, de petites lanternes imitant les vieux lampadaires à gaz était doux, et une petite brise soufflait dans les arbres plantés çà et là.

    Elle vit une silhouette qui semblait l’attendre près de la fontaine. L’homme l’interpella.
    « Mademoiselle !
    - Que voulez-vous ?
    - Vous ne me reconnaissez peut-être pas : nous nous sommes vus tout à l’heure en forêt !
    - Mais comment se fait-il…
    - Et bien, ma foi, si c’est bien ici que vous habitez », il montrait l’entrée du petit immeuble, « il se trouve que nous sommes voisins. J’ai pris une chambre dans l’hôtel en face, et je profitais un peu de cette belle soirée avant d’aller dîner. Vous allez mieux j’espère ?
    - Mieux ? Oh oui, bien sûr merci. Je… Je ne m’attendais pas à vous revoir !
    - Moi non plus à vrai dire. Mais je suis bien aise de vous rencontrer ici. Oserais-je profiter du hasard ? Voudriez-vous m’accompagner en ville pour trouver un restaurant sympathique ? A moins que vous ne soyez attendue bien sûr ? »
    Elle avait du mal à répondre à toutes ces questions. Mais l’invitation était vraiment intéressante… Pour une fois que quelqu’un… Bon sang… Mais Ounri ?
    « Je comprends que vous pourriez mal interpréter ma proposition. Mais je ne suis arrivé ici que ce matin, et je ne connais pas encore les lieux ni les gens. Vous pourriez me servir de guide ?
    - Et bien… Ecoutez, oui pourquoi pas ? Je vous demanderais juste de revenir m’attendre ici dans une petite demi-heure, le temps que je me change ! »


    La langue de miel
    Dans la ruelle un peu plus haut, un chien blanc passa rapidement. Il se dirigeait vers la demeure d’Ingrid, mais fut bloqué par un homme sorti de l’ombre, une canne à pommeau de loup à la main.
    « Salut à toi, protecteur assigné de la Norvège, Ounri-le-Loup-Blanc.
    - Je ne m’étonne plus de te rencontrer Loki le Subversif. Ou bien devrais-je dire Nidra ?
    - Tu as sur tes crocs le sang d’un compagnon fidèle. Je ne sais si je dois te maudire pour cela, ou si je dois exulter de voir combien tes plans sont lamentablement en train de s’effondrer…
    - Ote-toi de mon chemin veux-tu ? Je ne suis pas du genre à succomber à tes beaux discours de serpent, et tu n’es pas de taille à lutter contre moi, tu le sais.
    - Mais je n’ai aucunement l’intention de t’empêcher de rejoindre la jolie petite In-grid. »
    Il appuyait sur la première syllabe d’une façon soutenue.
    « Car tel désormais sera son nom. Un beau nom qui en effacera un plus ancien. Que veux-tu donc faire ? Lui dire que c’est ma faute ? Que c’est moi qui ait repéré ce brave garçon, qui est jaugé de son charme naturel et de ses qualités, pour l’envoyer entre ses bras ? Mais mon pauvre, vieil ami ! C’est l’Amour qui est à l’œuvre maintenant, et toi, avec ton cœur de glace, tu voudrais séparer ces deux tourtereaux ?
    - C’est Loki qui parle d’amour maintenant ? »
    La réplique était piquante, mais Ounri se rendait compte que Loki avait vicié la situation et la rendait inextricable.

    « Tu voudrais la forcer à abandonner ce qu’elle a tant espéré tout le long de sa frêle vie ? Mais elle est bien jeune encore, et son âme romantique en ce moment même s’enflamme pour ce bel inconnu.
    - Elle ne renoncera pas de sitôt à tout ce qu’elle vient de découvrir. Elle reste une Déesse, ne l’oublie pas ! Elle saura retrouver où est son vrai devoir et son véritable Amour.
    - Oh, toi tu ne l’oublieras pas, Ounri. Ou bien moi, si je le veux. Mais Ingrid est d’abord une mortelle. Et même si tu lui as fais entrevoir une quelconque réalité de ton monde, perdu elle ne sait où, elle se raccrochera à la réalité, la sienne, la seule qui soit vraie à ses yeux.
    D’ailleurs cela n’est pas très honnête de dévoiler ainsi nos Mystères à de simples mortels… Même moi, qui suis resté proche d’Ingrid – plus que toi en définitive, Ounri -, je n’en ai pas profité. Et l’on dit que c’est nous qui sommes le Mal ! »

    Quoique ai affirmé crânement Ounri, il savait que le découragement qu’il sentait poindre en lui résultait de l’action érosive de son adversaire. Loki avait été puissant et très écouté durant les décennies noires. Sa faculté à faire appel aux scrupules et à la seule raison immédiate avait fait des ravages et manqué de peu de provoquer une terrible guerre civile à l’échelle du monde entier.
    Et même si aujourd’hui, lui et les siens, renvoyés à la garde du monde des humains grâce au retour de Heimdall, avaient isolé ce véritable démon, il restait terrifiant d’efficacité.


    Tête-à-tête
    Ingrid s’était préparée en chantonnant devant sa glace. Elle avait réarrangé ses longues nattes fauves et souriait comme si l’inconnu était déjà devant elle. Bien sûr la pensée d’Ounri lui revenait à l’esprit, mais… Pour une fois, juste un soir !
    Elle sortit alors que se levait une claire pleine lune. En face l’hôtel était tranquille, et elle ne vit d’abord personne ce qui l’inquiéta un peu. Mais l’homme bougea sous l’ombre d’un arbre auquel il était adossé.
    Il ne put s’empêcher d’être troublé par le sourire transfiguré d’Ingrid lorsqu’elle le vit.
    « Je ne vous ai toujours pas demandé votre nom ? Et d’ailleurs vous ne connaissez pas le mien !
    - Si, si. Vous vous nommez Ingrid. Un joli nom d’ancienne tradition. »
    Elle fut soudain un peu angoissée, se demandant comment il pouvait savoir. Il remarqua son air soucieux.
    « Je n’ai pas pu m’empêcher de me renseigner près de l’hôtelier ! »
    Ils éclatèrent tous les deux de rire.
    « Je me nomme Kurt. Moi aussi je suis du pays. Mais pas du coin.
    - Et bien Kurt », elle lui tendit son bras, « que diriez-vous de descendre vers le port chercher une bonne auberge ? »
    Ils s’en allèrent donc, riants et heureux, bras dessus, bras dessous.

    Ounri, qui était parvenu non sans mal à se dégager de la conversation ensorcelée de son ennemi, arriva juste pour les apercevoir, et sut qu’une fois de plus, Loki avait gagné juste ce qu’il fallait de temps pour faire tout chavirer. Il n’avait même plus besoin d’agir, le charme agissait. Un charme auquel tant les démons que les dieux ne pouvaient rien, sinon en accepter les conséquences, même les plus terribles.
    Comment Veya avait-elle ainsi pu oublier aussi facilement son amour pour Heimdall ?


    Une visite
    Ounri senti une Présence derrière lui. Quelqu’un qui n’était pas simplement humain… Mais qui ne paraissait pas dégager l’aura mauvaise de Loki.
    Il se retourna, et vit une belle femme aux cheveux noirs de jais, enveloppée dans un manteau qui la couvrait jusqu’aux pieds.
    « Vous Déesse ? C’est donc vous qui avez prêté assistance à l’infâme plan de nos ennemis ?
    - De tes ennemis, Ounri. N’oublie pas que je ne prends jamais parti. Ni pour un camp, ni pour l’autre.
    - Mais enfin, sauf tout le respect que je vous dois, vous pour qui l’Amour est sacré, que faites-vous de ce qui attachait le Gardien à sa Compagne ? »
    Elle se contenta de soulever un sourcil noir.
    « Mais je m’en occupe Ounri, je m’en occupe… »

    Elle s’abaissa avec délicatesse et lui caressa la tête.
    « Ne t’inquiète donc pas tant fidèle Serviteur. Loki peut se croire vainqueur. Pourquoi lui refuser sa joie ? Le temps de la déconvenue frappera cruellement pour lui. Alors peut-être qu’il sentira combien l’absence de son fidèle Gohnn lui manque, malgré toute sa cruauté et sa haine. Et il sera alors bien pitoyable et seul, abandonné dans ce monde qui n’est pas le sien. Aurais-tu oublié toute pitié Ounri ? Aurais-tu oublié que les pires serviteurs du Néant sont aussi des créatures douées de sentiments ?
    Aussi, elles ont droit à ma pitié.
    - Alors que dois-je faire ?
    - Continue ce que tu as à faire. Surveille-les. Mais ne t’inquiète en rien. Je veille. Il se trouve qu’en ce moment, mes intérêts sont aussi les tiens, et je pense que la séparation de Heimdall et de Veya a plus qu’assez duré. Mais un geis demeure en suspension, et il faut qu’il s’accomplisse. »

    ... Pas trop lourd à force j'espère ???


    Et en prime une petite photo trouvée sur le Net de la vieille ville de Stavanger, en Norvège, où je n'ai jamais eu l'honneur de me rendre mais qui m'avait fortement inspiré pour le décor.


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  • Un choix
    Ounri revint aussi rapidement qu’il avait disparu. Ingrid en fut rassurée.
    « Tu as bien fait de le renvoyer.
    - Pourtant cet homme ne me voulait aucun mal.
    - Avec les meilleures intentions du monde, on peut parfois obtenir les pires résultats. J’ai senti combien il t’avait troublée. »
    Elle ne put s’empêcher de rougir à l’idée qu’il avait pu entendre toutes ses pensées, même s’il n’était qu’un chien.
    « Il est heureux qu’un tel événement arrive en ma présence. A propos, je ne suis pas juste un chien quelconque… Plus sérieusement, la vie peut vouloir te retenir Ingrid, je sais que c’est difficile à admettre, mais toi tu dois aller vers autre chose.
    - C’est-à-dire que je dois retrouver le Gardien, n’est-ce pas ?
    - Il t’attend, Veya. Il t’attend depuis que tu as expiré dans ses bras pour renaître en ce monde.
    - C’est bien ce que ce rêve m’avait fait entrevoir. Je suis, ou plutôt j’ai été Veya. Pourtant je dois avouer que j’ai du mal à l’admettre. Et puis qu’est-ce que cela veut dire rejoindre le Gardien ? Il me faut mourir ?
    - Il est d’autres moyens moins terribles pour accéder aux Portes. Dans un certain sens pourtant, il aurait été plus facile pour toi de mourir, car alors cela aurait été une fatalité. Mais on ne force jamais la fatalité. Surtout pas lorsque la vie est en jeu.
    - Plus difficile que de mourir ?
    - Dans un sens. Dans quelques temps ce sera Samain.
    - Samain ? La vieille fête celtique des morts ?
    - Vous avez au moins encore conservé un nom que nous connaissons aussi. Il te faudra me suivre jusqu’à un endroit particulier, Ingrid-Veya, et une fois là-bas, tu embarqueras pour ne plus revenir ici.
    - Mais… Mais j’ai une vie ici moi, une profession, un appartement…
    - C’est pour cela que je te disais que ce ne serait pas facile. Tu as encore le temps de bien y réfléchir, bien que si tu manque le Jour des Défunts cette année, la tâche soit encore plus dure pour le Gardien, et conséquemment, pour nous tous. Mais tu restes libre de choisir : seras-tu Ingrid, ou bien Veya ?


    Rencontre d’un autre temps
    Une petite jeune femme, robuste mais non sans charme, faisait ce matin là des relevés pour le compte de l’Office fédéral d’observation de l’écosystème. Il commençait à faire froid en ce début de novembre, mais sa tâche la passionnait et elle n’y faisait pas attention. La mer était calme, seules quelques vagues berçaient la brume matinale de leur doux ressac.
    Elle ne remarqua le son du cor qu’au bout d’un long moment. D’habitude, la corne de brume des navires faisait sursauter mais ici, on aurait dit que le bruit sourd émergeait peu à peu de cette même brume.
    Elle se rendait compte que ce son l’avait accompagnée depuis un moment sans qu’elle en prenne conscience, comme s’il faisait partie de la nature. Pourtant il était assez sinistre.

    Elle regarda un instant le brouillard sur la mer, quand soudain son attention se fixa sur une ombre. On aurait dit…
    Oui, une petite embarcation. Elle semblait haut de proue.
    A mesure qu’elle se rapprochait, elle distinguait une silhouette debout, dans un équilibre et un immobilisme qui lui semblait n’avoir rien de naturel vu l’instabilité habituelle d’un tel navire. De plus elle n’entendait ni moteur, ni rames, et ne distinguait aucune voile. Il n’y avait qu’un vent trop faible pour disperser la brume.
    De vieilles légendes remontèrent dans son esprit, et curieusement, elle n’eut pas peur lorsqu’elle commença à distinguer l’éclat brillant de l’or dont semblait vêtue la silhouette.
    Un guerrier droit comme une colonne, les deux mains posées sur le pommeau d’or de sa longue épée qu’il tenait verticalement, tout habillé d’or, lui fit bientôt face à bord d’un navire à la proue sculptée en tête de dragon.
    Elle se sentait complètement envahie par un intense soulagement.


    Menaces
    Ounri marchait dans les bois sombres. Il avait quitté Ingrid, pourrait-il retrouver Veya ? Il n’ignorait pas que dès que la jeune fille se retrouverait seule, elle aurait à faire face à elle-même d’abord, à ce monde ensuite, mais surtout aux mille et une embûches que l’Adversaire, Nidra en tête, ne manquerait pas de semer sur sa route.
    C’était ainsi. Les Règles devaient être respectées, il était intervenu, il devait maintenant laisser le monde intervenir. Cela dit Nidra était intervenu en personne avant que lui, Ounri-le-Loup-Blanc, n’agisse directement. Ainsi la balance était-elle rééquilibrée. Il ne lui avait pas encore expliqué qui était réellement Nidra. Mais le pouvait-il ? Il y avait tant de nouvelles choses déstabilisantes qu’elle devait incorporer… Elle se méfiait de Nidra, c’était déjà çà pour le moment.
    Tout à ses pensées, le chien ne vit que trop tard le regard noir qui lui faisait face au-dessus du sentier.
    « Gohnn ! »
    Le molosse noir montra les dents comme s’il souriait d’un mauvais rictus.
    « Nidra va donner son guerrier à l’Ingrid. Comme cela elle ne soupirera plus après ce pantin de Heimdall. »
    Il bava.
    « Le… L’inconnu dans la clairière ! Devant moi en plus !
    - Oui, devant tes yeux qui deviennent aveugles. Tu te fais trop vieux Ounri. Je vais me faire une joie de te renvoyer à la terre que tu n’aurais jamais dû quitter ! »
    Au moment même où il se préparait à lui sauter sur le cou pour l’égorger, Gohnn reçut un coup violent sur la tête et s’abattit comme une masse sur le côté.

    Ounri eut juste le temps de voir une ombre ramenant vers elle un bras musclé, sans doute après avoir lancé avec force un projectile sur le chien-loup. Ce dernier se releva, mais il avait perdu son avantage. Ounri ne lui laissa pas le temps de réagir.
    « Par le sang de Veya qui fut versé, le sang appelle le sang, aussi Gohnn, loup maudit, meurt et renaît chiot fragile et misérable ! »
    Tout en prononçant intérieurement son imprécation, il planta ses crocs dans la nuque de son adversaire qui se brisa d’un coup. Mais lorsqu’il se retourna, son sauveur inespéré avait disparu.


    Désillusions ?
    Je me rendis soudain compte de l’acte terrible que je venais de perpétrer. En face de moi il y avait une fille de ce monde, qui venait de voir ce qu’elle n’aurait jamais dû apercevoir en cette vie. De plus, comment retrouver Veya ? Quels étaient son nom et son apparence actuels ? Tout cela était ridicule, rocambolesque, et terriblement coûteux.
    Que faire ? Rebrousser chemin ? Mais c’était trop tard, il avait interféré avec ce monde, et tel ne devait pas être le rôle du Gardien.
    La fille, dans un habit qui faisait penser à un uniforme, une casquette fourrée vissée sur la tête, le regardais, n’osant bouger d’un petit doigt. Elle semblait avoir terriblement peur que tout disparaisse d’un coup et respirait à peine. Mais l’homme, ou elle ne sait quoi qui se trouvait sur la grève en face d’elle ne semblait plus aussi hiératique et terrible. Il avait plutôt l’air désemparé, ennuyé. Peut-être même désabusé.

    « Bienvenue en Norvège. »
    C’était la seule chose qu’elle avait trouvé à dire. L’homme la fixa attentivement.
    « Vous ne parlez peut-être pas ma langue ? L’anglais peut-être ? »
    Mais la réponse apparut dans son esprit, comme les images d’un rêve éveillé, et sans qu’il fut nécessaire d’utiliser des mots.
    Elle vit un visage, un visage de femme, très belle et rousse. Elle vit un homme désespéré, parti sur la mer à sa recherche. Elle comprit que sa quête avait quelque chose d’impossible.
    Comment trouver une personne en connaissant si peu d’elle ?
    « Je ne sais pas qui vous cherchez. »
    La conversation s’ébaucha, plus directe.
    « Je l’imagine, rassure-toi. Peut-être peux-tu cependant me renseigner sur le monde. Tu t’en doutes, je ne viens pas d’ici. Où en est la guerre ? A-t-elle éclaté ?
    - La guerre ? Quelle guerre ? Ah, vous voulez parler de la Crise, il y a quatorze ans ? »
    Le choc fut énorme. Quatorze ans ? Je suis mort pour ce monde voici deux de mes années. Comment le temps pouvait-il passer si différemment ici ?
    « C’est vrai que mes parents y ont cru à la guerre. J’étais petite à l’époque. Mais les choses se sont arrangées. Comme par miracle. La situation s’est redressée, lentement d’abord, puis de plus en plus rapidement. Mais même sans la guerre qui nous menaçait tous, le monde était dans un sale état et on continue aujourd’hui à le reconstruire. C’est comme si… Comme si aux idées noires avaient succédé des idées belles ! »
    Ainsi pouvais-je constater l’effet de ma garde. C’était d’autant plus cruel que désormais le Gardien était coincé hors des Portes. Pour combien de temps, si sept ans ici valent à peine une seule année chez moi ?
    Pourtant l’imperceptible sourire de cette petite femme m’apaisa.

    5 commentaires
  • RatatouilleAh, que voilà un bon petit film d'animation comme on en fait plus guère !

    Stressé et torturé de nature, il devient extrêmement rare que je puisse regarder un film en oubliant tout le reste.


    En fait je ne me souviens plus la dernière fois (avant celle-ci) où je suis resté entièrement concentré au cinéma.

    Mais ce jour-là, ô miracle, je restais scotché à l'écran, savourant au fur et à mesure du déroulement de l'histoire une chose devenu fort rare et fort précieuse :
    la détente !

    Bon d'accord, il faut faire abstraction pour ceux que cela dérange, du fait que le héros est un petit rat. Il est vrai qu'à la vue des photos, il ne me disait pas trop au départ. Je ne me souviens plus de quelle manière je me suis laissé convaincre, et je ne l'ai pas regretté.

    Le rire vient naturellement, sans grosse ficelle stupide ou humour au ras du caniveau, comme hélas cela devient par trop banal.
    L'atmosphère à 300% cliché sur la France et Paris vu par les Américains n'a rien de désagréable, au contraire, on adorerait se balader dans cette ville irréelle.
    Les personnages sont sympathiques et agréables à regarder, ce qui est rarement le cas de beaucoup d'animations actuelles (la trogne du petit héros lorsqu'il est découvert en train de mettre des herbes aromatiques au bord de la marmite par l'apprenti est extraordinaire !).

    Et puis franchement, un rat artiste cuisinier, fallait quand même le trouver, non ?
    Donc un grand merci au réalisateur Brad Bird (à ne pas confondre avec un autre oiseau).

    Avis à ceux qui ne l'aurait pas encore vu, particulièrement si ils ont un a-priori (c'est pour les gosses ce truc là ?), si vous avez l'occasion, ne le ratez pas. C'est un pur régal !

    J'ai cependant une seule chose à regretter. Leur ratatouille à l'américo-parisienne, là... Elle ne ressemble pas, mais pas du tout à une vraie ratatouille !

    7 commentaires



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